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L'histoire de France

 

Chapitre

17éme siècle

 

 

La disgrâce  de Fouquet

Avertissement aux prévaricateurs

Conseiller d'État, maître des requêtes, procureur général du parlement de Paris (1650), surintendant des Finances (1653), Nicolas Fouquet, attaché à Mazarin depuis 1648, réussit à satisfaire les besoins du Trésor ruiné par la Fronde; comme le cardinal, il réalise une fortune énorme. Il mène une vie princière de mécène, acquiert des terres, fait édifier le magnifique château de Vaux et les défenses de sa citadelle de Belle-Isle. Comment s'y prend-il? En empruntant aux banquiers grâce à son crédit personnel, à son habileté, son intelligence, en dépensant deux ou trois ans d'avance le produit des impôts, en grossissant tous les jours la dette de l'État, en jonglant avec les chiffres par des irrégularités d'écritures. Qu'il confonde la caisse de l'État avec la sienne, Mazarin, qui fait de même, ne l'ignore pas. Mais, avant de mourir, le cardinal prend soin de léguer au jeune roi son intendant dévoué, un comptable vétilleux, rival et ennemi de Fouquet, Colbert.

A la mort de Mazarin (9 mars 1661), Louis XIV règne seul. Colbert lui donne les preuves des malversations et des «voleries» du surintendant, mais, ce qui irrite et inquiète surtout le roi, c'est la puissance de Fouquet. Il est un véritable «État» dans l'État, avec ses créatures, ses espions, ses gardes, et il détient l'arme essentielle: l'argent. Pour l'abattre, il faut ruser. En lui faisant hypocritement miroiter le titre de chancelier, on le persuade de vendre sa charge de procureur général. Ainsi, privé (juin 1661) de ses privilèges parlementaires, il n'est plus justiciable que du roi. A cette première erreur, Fouquet en ajoute deux autres: il tente de séduire par l'argent Louise de La Vallière, la maîtresse de Louis XIV, et, le 17 août, il offre au roi et aux reines, dans son château de Vaux, une fête dont la magnificence humilie Louis XIV et soulève son envieuse colère. La perte de Fouquet est décidée.

A la fin d'août 1661, Louis XIV se rend aux Assemblées de Bretagne. Fouquet est du voyage. Le 5 septembre, il est arrêté à Nantes, au nom du roi, par le lieutenant des mousquetaires, d'Artagnan. Les scellés sont mis sur tous ses biens; ses demeures, fouillées. Le plan de défense armée que Colbert trouve à Saint-Mandé autorise une accusation de lèse-majesté. Fouquet est emprisonné à Vincennes. L'instruction de son procès dure trois ans. La sentence, rendue le 20 décembre 1664 par le tribunal siégeant à l'Arsenal, condamne Nicolas Fouquet à la perte de ses biens et au bannissement. Louis XIV aggrave la peine en la transformant en emprisonnement perpétuel. Jusqu'en 1680 (date supposée de sa mort), Fouquet est incarcéré dans la forteresse de Pignerol, sans communication avec les siens. Châtiment exemplaire visant à dissuader les féodalités financières ou vengeance personnelle de Louis XIV? L'affaire Fouquet reste, par certains aspects, un mystère.

 

1661

 

 

Portrait de Nicolas Fouquet, par S. Bourdon